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Peter Schüpbach, élu "business angel de l'année", évoque le droit à l’échec
Après avoir assumé sa part de responsabilité dans la faillite de Miracle, l’entrepreneur assiste de manière exemplaire de jeunes entreprises.
PIERRE BESSARD
Qu'y a-t-il de plus stimulant, dans une économie de marché, que la prise de risques? Pour le rappeler, la firme BrainsToVentures (b-to-v) et l’Association des réseaux suisses de business angels (ASBAN) ont honoré, vendredi à la Bourse de Zurich, l’entrepreneur Peter Schüpbach, CEO de GenevaLogic, avec le titre de «business angel de l’année». La nomination de Peter Schüpbach, coresponsable de la faillite très médiatisée de la société Miracle, souligne qu’un nouveau départ après un échec entrepreneurial peut être courageux, exemplaire et honorable, en Suisse également. Le lauréat répond aux questions de «L’Agefi».
Comment avez-vous vécu l’opinion publique lors de votre échec?
Peter Schüpbach: Lorsque l’on est soi-même touché, on a bien sûr une appréciation subjective, mais j’ai trouvé de nombreux rapports de presse particulièrement ravageurs. Je comprends que l’on soit soumis à la critique dans une telle situation, mais il est important qu’un jeune entrepreneur ne soit pas détruit dans l’éventualité d’un échec. Les faits doivent être analysés de manière critique, mais pas destructive. Il y a là une différence fondamentale.
Vous avez contribué à une faillite importante et recevez aujourd’hui un honneur. Quel message cela vous inspire-t-il?
Comment vivre après l’échec? C’est un thème qui préoccupe de nombreux entrepreneurs en Suisse. J’ai vécu beaucoup d’événements depuis la chute de Miracle. Il est important de transmettre le message que lorsque l’on prend des risques, que l’on a le courage d’agir et de fonder une entreprise pour réaliser un projet, l’entrepreneur n’est pas détruit après un échec, il dispose au contraire de nouvelles chances.
Comment évaluez-vous l’environnement en Suisse pour la création d’entreprises?
Dans l’ensemble, plutôt positivement. Nous avons des idées et des technologies, des instituts académiques leaders, des gens bien formés. Là où il faut agir, c’est sur la réticence à prendre des risques. Je coache par exemple trois jeunes qui ont abandonné leurs postes bien payés dans une grande société pour créer une nouvelle entreprise. Eh bien ils sont considérés dans leur entourage comme des desperados! Nous devons corriger cette image. C’est tellement faux! Ces jeunes n’ont pas abandonné leurs possibilités de carrière et engagé leurs économies sans réfléchir. Il faut les motiver!
Certains semblent craindre la concurrence. Qu’est-ce qui vous motive, vous?
Il n’y a rien de plus beau que l’accomplissement productif, que la réalisation d’une bonne idée ou d’un bon concept. Ce ne sont pas nécessairement des climax médiatiques, c’est avant tout la satisfaction d’avoir osé quelque chose et de l’avoir mené au succès. Les nombreux aspects positifs de la création d’une entreprise en font une expérience incroyablement enrichissante. Mais il faut aussi savoir surmonter l’échec éventuel: c’est un défi motivant en tant que tel.
Que pensez-vous de Joseph Deiss, qui entend promouvoir l’innovation partout?
La politique peut contribuer à corriger l’image négative du risque à travers les conditions cadres. Nous avons cependant déjà beaucoup d’innovation en Suisse, dans la biotech, les technologies de l’information, les nanotechnologies, l’électronique… Mais pour qu’elle se traduise en croissance, il faut la prise de risque de l’entrepreneur. Transformer l’innovation en produit qui répond mieux ou moins cher aux besoins d’un client: voilà le vrai succès qu’il faut reconnaître et honorer.
Angle
Un business angel au parcours inhabituel
C’est la cinquième fois que b-to-v et l’ASBAN décernent le titre de «business angel de l’année». Les autres récipiendaires incluent jusqu’ici Daniel Borel, Joachim Schoss, Georg Endress et Martin Velasco. Peter Schüpbach, 42 ans, est associé de MasterInvest, une firme de services pour les start-up qui investit des sommes de l’ordre de 25.000 à 50.000 francs dans de jeunes entreprises, souvent en partenariat avec d’autres investisseurs. L’espoir d’un rendement existe, mais il n’est pas au centre de l’engagement d’un business angel, qui investit de nombreuses heures non rémunérées et se comprend comme une sorte de mécène: «Le transfert d’expérience et de savoir entrepreneurial déclenche des effets dynamiques qu’il ne faut pas sous-estimer», observe Peter Schüpbach, qui a participé à l’essor d’entreprises comme OpenBC, une plateforme de networking, et Blueyou, une firme alimentaire.
Celui qui fut cofondateur de Miracle en 1986 note également que «le meilleur peut faire des erreurs, mais il en tire les leçons». En 2001, Peter Schüpbach devient CEO de GenevaLogic (jusqu’ici MasterSolution), qu’il restructure et refocalise avec succès pour en faire un leader dans les logiciels de formation. L’entreprise de 40 collaborateurs réalise aujourd’hui 70% de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis et sert des clients dans 30 pays.
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